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Démocratie et culture

1 juillet 2008

Hier, j’ai dit que ceux qui voulaient sauver la nation française et son territoire devaient cesser de placer leurs espoirs dans le jeu démocratique. En effet, la démocratie a une tendance irrésistible à créer des pompes aspirantes de l’immigration et des pompes refoulantes de l’émigration.

Cet article a été très lu et a provoqué de nombreux commentaires. C’est normal quand on s’attaque à une vache sacrée comme la démocratie ! Mais personne n’a réfuté la logique interne de l’argument économique que j’ai présenté.

Je voudrais aujourd’hui poursuivre cet examen critique de la démocratie, mais plus sous l’angle économique, cette fois-ci sous l’angle culturel.

J’entends le mot culturel au sens large : langue, idéologie, religion, Weltanschauung (vision du monde), médias, éducation, production artistique, sentiment d’appartenir à un terroir et à une histoire millénaires, valeurs morales, etc.

Est-ce que la culture est importante ?

Oui, parce que le seul contre-exemple probant de pays démocratique et riche, ayant développé un État-Providence, mais avec immigration quasi-nulle, c’est le Japon. Or le Japon a une culture très forte et très insulaire qui fonctionne comme un repoussoir pour tous les étrangers qui voudraient y vivre – sauf pour une minuscule élite de japanophiles exceptionnellement intelligents, raffinés et surtout motivés.

D’ailleurs je ne devrais pas avoir besoin de justifier l’importance de la culture, car la plupart de mes lecteurs patriotes et identitaires en sont pénétrés. Les commentaires les plus pertinents à l’égard de mon article d’hier sont ceux qui me reprochaient de n’avoir pas traité la question sous l’angle culturel.

Or il faut bien se rendre à l’évidence : aujourd’hui, en France et plus généralement à travers toute l’Europe, la culture est tombée aux mains de nos ennemis. Les médias, même soi-disant de droite, sont inflitrés par l’extrême-gauche. L’éducation nationale est un vaste camp de ré-éducation qui formate l’esprit des jeunes au multiculturalisme et à l’anti-fascisme à l’âge où ils sont le plus influençables. Tout sentiment d’appartenance à une civilisation millénaire est systématiquement laminé ou tourné en dérision.

Comment en est-on arrivé là ?

Il faut remonter à l’échec des révolutions marxistes en Europe occidentale au début du XXème siècle. Rappelons que Marx pensait que le libéralisme économique portait en lui-même sa propre contradiction et imploserait automatiquement dans un effondrement brutal du niveau de vie du prolétariat et une énorme orgie de surproduction. Or rien de tout cela n’est arrivé, et le marxisme n’a pas conquis les pays développés d’Europe occidentale.

Il fallut alors que les penseurs marxistes élaborent une théorie de rechange. Ce fut l’œuvre de l’Italien Antonio Gramsci (1891-1937) et des Français Louis Althusser (1918-1990) et Michel Foucault (1926-1984). Sean Gabb résume leur contribution dans son livre Cultural Revolution, Culture War :

Selon leur reformulation du marxisme, une classe dominante garde son contrôle non pas en possédant les facteurs de production, mais en fixant l’agenda culturel du pays. Elle formule une idéologie « dominante » ou « hégémonique », pour légitimer sa position, et l’impose au reste de la société par « l’appareil idéologique de l’État » – c’est-à-dire à travers l’administration légale et politique, à travers les écoles, les universités et les églises, à travers les médias, à travers la famille, et à travers les hypothèses sous-jacentes de la culture populaire.

Il y a un peu de recours à l’usage de la force ou à la menace pour réduire au silence les critiques – le « bras répressif de l’État » – mais le principal instrument de contrôle est la manufacture systématique du consentement. Une idéologie devient hégémonique quand elle imbibe l’ensemble de la société, déterminant ses valeurs, ses attitudes, ses croyances et sa moralité, et géneralement supportant l’ordre établi dans toutes les conversations et les autres relations. Une telle idéologie cesse d’être controversée pour la plupart des gens. À la place elle est considérée comme frappée au coin du bon sens, ou comme un état des choses naturel, même s’il est désagréable. Dans certaines circonstances, cette idéologie peut devenir un « discours », c’est-à-dire une manière de penser et de parler des problèmes qui empêche de discuter de certaines choses.

En résumé, nos ennemis d’extrême gauche ont réalisé que la culture était un secteur dominant de la société… et l’ont tout simplement pris d’assaut. Qu’ont fait les démocraties occidentales tout au long du XXème siècle pour protéger cette forteresse-clé des agissements subversifs d’une poignée de gauchistes déterminés ? Strictement rien ! Car c’est contraire à l’esprit de la démocratie de censurer, de museler la liberté d’expression et d’emprisonner les journalistes tendancieux.

Il faut bien reconnaître que les néo-marxistes avaient raison. Leur utilisation actuelle de la culture fait qu’ils injectent à jet constant un poison intellectuel dans l’âme de notre société – exactement comme Gramsci, Althusser et Foucault l’avaient prédit. L’abject manque de défenses de la démocratie contre une telle agression est parfaitement décrit par ce passage-clé du roman Le Montage de Vladimir Volkoff :

Le paragraphe 3 de l’article 80 du Code pénal, le seul qui nous autorise quelque action que ce soit contre les agents d’influence, prévoit des peines d’emprisonnement ou de détention de dix à vingt ans pour quiconque aura « entretenu avec les agents d’une puissance étrangère des intelligences de nature à nuire à la situation militaire ou diplomatique de la France ou à ses intérêts économiques essentiels ». Je n’insiste pas, monsieur le directeur, sur le vague de termes tels que « intelligences » ou « essentiels ». Mais remarquez que les intérêts culturels, intellectuels, spirituels, humains ne sont même pas prévus par notre législation : empoisonnez notre jeunesse, démantibulez notre instruction publique, sapez nos familles, sabotez notre Église, empuantissez notre littérature : tout cela est légal.

Ceci est donc la deuxième raison pour laquelle une renaissance de la nation française, sa défense contre les méfaits du multiculturalisme, ne pourront en aucun cas se réaliser dans le cadre de la démocratie. Si nous nous entêtons à rester démocrates, nous mourrons. Car seul un régime non-démocratique est capable de défendre avec la vigueur et la détermination nécessaires cette hauteur stratégique qu’est la culture.

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