Hier, j’ai dit que ceux qui voulaient sauver la nation française et son territoire devaient cesser de placer leurs espoirs dans le jeu démocratique. En effet, la démocratie a une tendance irrésistible à créer des pompes aspirantes de l’immigration et des pompes refoulantes de l’émigration.
Cet article a été très lu et a provoqué de nombreux commentaires. C’est normal quand on s’attaque à une vache sacrée comme la démocratie ! Mais personne n’a réfuté la logique interne de l’argument économique que j’ai présenté.
Je voudrais aujourd’hui poursuivre cet examen critique de la démocratie, mais plus sous l’angle économique, cette fois-ci sous l’angle culturel.
J’entends le mot culturel au sens large : langue, idéologie, religion, Weltanschauung (vision du monde), médias, éducation, production artistique, sentiment d’appartenir à un terroir et à une histoire millénaires, valeurs morales, etc.
Est-ce que la culture est importante ?
Oui, parce que le seul contre-exemple probant de pays démocratique et riche, ayant développé un État-Providence, mais avec immigration quasi-nulle, c’est le Japon. Or le Japon a une culture très forte et très insulaire qui fonctionne comme un repoussoir pour tous les étrangers qui voudraient y vivre – sauf pour une minuscule élite de japanophiles exceptionnellement intelligents, raffinés et surtout motivés.
D’ailleurs je ne devrais pas avoir besoin de justifier l’importance de la culture, car la plupart de mes lecteurs patriotes et identitaires en sont pénétrés. Les commentaires les plus pertinents à l’égard de mon article d’hier sont ceux qui me reprochaient de n’avoir pas traité la question sous l’angle culturel.
Or il faut bien se rendre à l’évidence : aujourd’hui, en France et plus généralement à travers toute l’Europe, la culture est tombée aux mains de nos ennemis. Les médias, même soi-disant de droite, sont inflitrés par l’extrême-gauche. L’éducation nationale est un vaste camp de ré-éducation qui formate l’esprit des jeunes au multiculturalisme et à l’anti-fascisme à l’âge où ils sont le plus influençables. Tout sentiment d’appartenance à une civilisation millénaire est systématiquement laminé ou tourné en dérision.
Comment en est-on arrivé là ?
Il faut remonter à l’échec des révolutions marxistes en Europe occidentale au début du XXème siècle. Rappelons que Marx pensait que le libéralisme économique portait en lui-même sa propre contradiction et imploserait automatiquement dans un effondrement brutal du niveau de vie du prolétariat et une énorme orgie de surproduction. Or rien de tout cela n’est arrivé, et le marxisme n’a pas conquis les pays développés d’Europe occidentale.
Il fallut alors que les penseurs marxistes élaborent une théorie de rechange. Ce fut l’œuvre de l’Italien Antonio Gramsci (1891-1937) et des Français Louis Althusser (1918-1990) et Michel Foucault (1926-1984). Sean Gabb résume leur contribution dans son livre Cultural Revolution, Culture War :
Selon leur reformulation du marxisme, une classe dominante garde son contrôle non pas en possédant les facteurs de production, mais en fixant l’agenda culturel du pays. Elle formule une idéologie « dominante » ou « hégémonique », pour légitimer sa position, et l’impose au reste de la société par « l’appareil idéologique de l’État » – c’est-à-dire à travers l’administration légale et politique, à travers les écoles, les universités et les églises, à travers les médias, à travers la famille, et à travers les hypothèses sous-jacentes de la culture populaire.
Il y a un peu de recours à l’usage de la force ou à la menace pour réduire au silence les critiques – le « bras répressif de l’État » – mais le principal instrument de contrôle est la manufacture systématique du consentement. Une idéologie devient hégémonique quand elle imbibe l’ensemble de la société, déterminant ses valeurs, ses attitudes, ses croyances et sa moralité, et géneralement supportant l’ordre établi dans toutes les conversations et les autres relations. Une telle idéologie cesse d’être controversée pour la plupart des gens. À la place elle est considérée comme frappée au coin du bon sens, ou comme un état des choses naturel, même s’il est désagréable. Dans certaines circonstances, cette idéologie peut devenir un « discours », c’est-à-dire une manière de penser et de parler des problèmes qui empêche de discuter de certaines choses.
En résumé, nos ennemis d’extrême gauche ont réalisé que la culture était un secteur dominant de la société… et l’ont tout simplement pris d’assaut. Qu’ont fait les démocraties occidentales tout au long du XXème siècle pour protéger cette forteresse-clé des agissements subversifs d’une poignée de gauchistes déterminés ? Strictement rien ! Car c’est contraire à l’esprit de la démocratie de censurer, de museler la liberté d’expression et d’emprisonner les journalistes tendancieux.
Il faut bien reconnaître que les néo-marxistes avaient raison. Leur utilisation actuelle de la culture fait qu’ils injectent à jet constant un poison intellectuel dans l’âme de notre société – exactement comme Gramsci, Althusser et Foucault l’avaient prédit. L’abject manque de défenses de la démocratie contre une telle agression est parfaitement décrit par ce passage-clé du roman Le Montage de Vladimir Volkoff :
Le paragraphe 3 de l’article 80 du Code pénal, le seul qui nous autorise quelque action que ce soit contre les agents d’influence, prévoit des peines d’emprisonnement ou de détention de dix à vingt ans pour quiconque aura « entretenu avec les agents d’une puissance étrangère des intelligences de nature à nuire à la situation militaire ou diplomatique de la France ou à ses intérêts économiques essentiels ». Je n’insiste pas, monsieur le directeur, sur le vague de termes tels que « intelligences » ou « essentiels ». Mais remarquez que les intérêts culturels, intellectuels, spirituels, humains ne sont même pas prévus par notre législation : empoisonnez notre jeunesse, démantibulez notre instruction publique, sapez nos familles, sabotez notre Église, empuantissez notre littérature : tout cela est légal.
Ceci est donc la deuxième raison pour laquelle une renaissance de la nation française, sa défense contre les méfaits du multiculturalisme, ne pourront en aucun cas se réaliser dans le cadre de la démocratie. Si nous nous entêtons à rester démocrates, nous mourrons. Car seul un régime non-démocratique est capable de défendre avec la vigueur et la détermination nécessaires cette hauteur stratégique qu’est la culture.
Mots-clefs : Antonio Gramsci, Cultural Revolution Culture War, Démocratie, Le Montage, Louis Althusser, marxisme, Michel Foucault, Sean Gabb, Vladimir Volkoff
1 juillet 2008 à 17:21 |
Attention: ne tombez pas dans le travers d’une certaine gauche, qui consiste à censurer tout ce qui ne lui convient pas…
Cela dit, un truc me paraît très vrai: c’est la gauche qui s’est emparée du monopole de la culture, laissant la droite aux armées, etc. Un autre élément à évoquer est aussi que les milieux économiques, pas franchement marxistes, ont trouvé là un chouette filon pour faire du fric, par exemple en vendant des disques de musique “authentique” venue d’ailleurs, ou “métissée” – donc grise, monocolore, formatée, comme on cherche à nous l’imposer.
A propos de brassages bizarres, je me souviens d’un gag de Zep, où l’on voit un jeune zonard se balader dans les grandes villes d’Europe. Partout, il croise des Péruviens qui jouent “La Colegiala” – quelque chose que vous avez vu et entendu aussi, sans doute. Et sur la dernière case, on le voit au Pérou, face à un tel orchestre… qui joue un air des Beatles. Et là, il se dit: “Pas authentique, beurk!”
Et notez enfin que le pouvoir passe par la maîtrise de l’agenda en matière de culture, mais aussi, tout simplement, de manière générale. Pourquoi les dessins animés de Disney sortent-ils tous volontiers juste avant Noël? Alors que “Max & Co”, production d’animation franco-suisse sympa et bien d’chez nous, est tombée dans le creux de janvier et a fait un flop immérité. Ce n’est certainement pas la seule raison, mais il y a quelque chose à creuser.
1 juillet 2008 à 18:45 |
@ Daniel :
Quitte à censurer ce qui ne me convient pas, je préfère prendre pour modèle Pinochet que Lénine. Mais bon…
À mon avis, certains des travers que vous notez dans la production culturelle sont le fait de la concentration. Elle-même est une conséquence de la centralisation de l’État, de sa montée en puissance, et de son implication directe ou indirecte dans tout ce qui est culturel (à travers les ministères, les subventions et les régulations).
Donc si on démantelait le gouvernement fédéral de Berne, si la Bretagne, la Franche-Comté et 30 autres parcelles de France déclaraient leur indépendance, ou même si on divisait simplement le pouvoir de l’État par 10, cette uniformité étouffante disparaîtrait.
Souvenez-vous de l’Allemagne au temps de Goethe : la culture n’y était-elle pas dynamique ?
1 juillet 2008 à 21:45 |
Au temps de Goethe, les européens cultivés parlaient le latin ou le grec, langues universelles, d’Italie au royaume du Danemark. Parler français était la marque de l’homme respecté pour les nuances qu’il était lors capable d’exprimer…Même si la France de ce temps se remettait tout juste des hordes de mégères et des bouchers qui ont pourchassé et détruit tout ce qui pouvait ressembler à la beauté…
Cordialement
C+
1 juillet 2008 à 21:59 |
Mais le classicisme français correspond aux années 1660-1680, qui ne se caractérisent pas par une décentralisation forcenée… le roi qui prenait le pouvoir à cette époque a même cherché, plus tard, à imposer une seule religion (faisant ainsi fuir les Huguenots, oups).
Par ailleurs, l’ère soviétique de l’URSS ne manque pas d’artistes prodigieux ou considérés tels, de Pasternak à Soljenitsyne en passant par Kandinsky, Shostakovich, Khatchaturian, etc. Certains sont même restés dans leur pays d’origine… Or, dans ce genre d’Etat, tout est régi par Moscou, et l’autonomie des provinces est de jure assez faible (même s’il devait bien y avoir deux ou trois satrapes très autonomes dans quelque oblast retiré).
Contre-exemple: la Suisse n’a jamais eu de tradition artistique aussi brillante que ses voisins, alors qu’elle a été, jusqu’en 1848, une confédération de cantons, avant de devenir une fédération certes plus centralisatrice, mais qui laisse quand même pas mal d’autonomie aux Etats qui la composent.
Je peine donc à faire un lien absolu entre morcellement et qualité artistique.
1 juillet 2008 à 22:09 |
@ Christo-phoros :
Oui, d’ailleurs Goethe lui-même n’était pas exempt de tout reproche à ce sujet : après tout, c’était un grand admirateur de Napoléon !
1 juillet 2008 à 22:25 |
@ Daniel :
Je suis d’accord, il y a d’autres facteurs que le degré de centralisation.
Par exemple, le régime politique. L’URSS était à peu près aussi centralisée que la Russie tsariste, et pourtant le communisme a beaucoup plus étouffé l’esprit artistique parce qu’il prétendait imposer son idéologie aux artistes. À part ceux qui ont mûri avant la prise du pouvoir par Lénine, et les dissidents, je pense qu’il y a peu d’artistes dans la ligne du “réalisme socialiste” qu’on puisse qualifier de prodigieux.
Aussi, l’âme du peuple. Je ne pense pas que, si Berne avait été une capitale rayonnante, centralisatrice et omnipotente, les Suisses se seraient nécessairement mis à abandonner leurs activités traditionnelles pour produire des chefs d’œuvre artistiques à la pelle.
Ceci étant, je ne veux pas offenser les Suisses : j’admets que, depuis 20 ans, les montres suisses sont très artistiques ; et j’aime bien les chansons de Stephan Eicher et Oskar Freysigner… De plus, ce n’est pas parce que les artistes suisses sont mal connus hors de leurs frontières qu’ils ne sont pas bons. Pour parler de ce que je connais mieux, les vins blancs suisses sont mal connus hors de leurs frontières, et pourtant ils sont très bons.
Lien absolu, il n’y a pas.
Cependant, au risque de me répéter, je dirais qu’un génie comme Leonardo da Vinci n’aurait pu réaliser son plein potentiel s’il n’avait pu mettre en concurrence les patrons des arts qui régnaient à Florence, Milan, Rome, Bologne et Venise.
La décentralisation est donc un facteur parmi d’autres.
1 juillet 2008 à 23:50 |
Et puis, un UNIVERS entier sépare François premier, le plus beau roi de France et le plus français aussi, qui prit Léonard le génie Italien en amitié, de François le dernier le plus laid de nos chefs d’Etat qui embaucha Philippe Starck le décorateur de boites de nuit (authentique) pour réaliser la décoration en 1982 de ses appartements élyséens.
Et puis, François le premier, même ses ennemis l’aimaient, alors que l’autre et ses amis…
C’est aussi cela la médiocratie, c’est moche, uniforme et sans furia francese!
Aux amis
C+
2 juillet 2008 à 0:10 |
À bas la médiocratie !
2 juillet 2008 à 1:26 |
J’ai entendu il y quelques mois sur radio courtoisie un historien établissant un fort lien entre l’élimination de l’élite de droite lors de l’Epuration et l’hégémonie culturelle de la gauche dans la seconde moitié du XXème siècle. Si quelqu’un connaît le nom de la personne en question…
2 juillet 2008 à 9:08 |
@ karalik :
Oui, c’est vrai.
Mais la Guerre de 14-18 a aussi éliminé du patrimoine génétique tous les jeunes gens courageux et patriotes (valeurs plutôt de droite) avant qu’ils n’aient pu se reproduire, alors que les froussards et les pacifistes se planquaient à l’arrière. Et ce, surtout parmi les élites, parce que le taux de mortalité parmi les sous-lieutenants était particulièrement horrible. Combien de grands écrivains de droite sont morts dans les tranchées avant d’avoir pu écrire une ligne ?
Plus près de nous, pendant la Guerre d’Algérie, l’épisode de l’OAS a aussi été utilisé pour excommunier tous les intellectuels qui avaient démontré un minimum d’affinité pour ce mouvement qui était, quand même, bien marqué à droite.
Et il ne faut pas oublier la main de Moscou. Par exemple Sartre vivait comme un pacha grâce aux droits d’auteurs que lui payait l’Union Soviétique sur les tirages immenses de ses œuvres en russe. Alors pour un jeune écrivain, il valait mieux graviter vers la gauche pour pouvoir espérer grapiller quelques miettes de cette manne financière.
Ça fait beaucoup de facteurs qui vont tous dans le même sens et s’additionnent.
2 juillet 2008 à 22:33 |
Cette fois, on est d’accord.
Souvent, je me suis justement demandé si les peuples qui ont produit les plus grands génies artistiques ne sont pas aussi (et simultanément) ceux qui ont le plus souffert. La France a eu un dix-neuvième siècle houleux, ce qui ne l’a pas empêché de couver les plus grands romanciers de cette époque; Reinaldo Arenas ne serait peut-être pas devenu poète dans un régime autre que le régime castriste; etc. Mais là aussi, c’est un facteur parmi d’autres.
L’attrait de Berne est inexistant, et c’est justement pour CA que cette ville est devenu la capitale de la Suisse: comme ça, les fonctionnaires et les parlementaires vaqueraient à leurs activités au lieu de courir la Christa cendrée. Depuis, Berne a su vendre ses atours: sa vieille ville est classée au patrimoine de l’UNESCO. Mais elle est toujours aussi mal habitée, et souffre de la réputation d’être une ville de fonctionnaires. Elle n’attirera du reste pas les artistes, ni quoi que ce soit d’autre: économiquement, c’est Zurich et Bâle qui mènent la danse en Suisse (et se livrent une concurrence en la matière!), et toute la Suisse romande a culturellement les yeux tournés vers Paris. Sans parler du Tessin, qui lorgne de toutes façons vers Milan, parce que c’est plus riche en perspectives que le mur des Alpes et ce qu’il y a derrière.
Merci de signaler Stephan Eicher… et aussi Oskar Freysinger, que j’ai eu l’occasion de rencontrer à plusieurs reprises, avec plaisir. Connaissez-vous ses nouvelles?
3 juillet 2008 à 8:46 |
Daniel :
Intéressant, le facteur “souffrance d’un peuple”. Je pense qu’il y a du vrai là-dedans. Personnellement, je pense que je préfèrerais vivre au milieu d’un peuple qui ne souffre pas et acheter des chefs d’œuvre importés de l’étranger…
Malheureusement, je ne connais pas les nouvelles d’Oskar Freysinger. Sont-elles écrites en français ? Y en a-t-il une en particulier que vous recommanderiez pour un débutant comme moi ?
3 juillet 2008 à 9:49 |
Vous trouverez ses textes là:
http://www.bafweb.com/2006/05/04/oskar-freysinger-herbe-rouge/
et là:
http://www.ofreysinger.ch/texte-francais.htm
Quant à importer les oeuvres d’art… on apprécie effectivement un certain confort. Ou est-ce une exploitation de la souffrance d’autrui?
3 juillet 2008 à 17:00 |
Daniel :
Merci pour ces liens, je vais jeter un coup d’œil dès que j’aurai un peu de temps libre.
3 juillet 2008 à 19:22 |
J’ai lu l’herbe rouge. C’est excellent ! Une fable sur l’État…