Quoi qu’on pense de Jean-Marie Le Pen, l’un de ses mérites est d’avoir expliqué que la décision d’immigrer d’Afrique en France est économiquement rationnelle. En effet, venir ici donne droit à nombre de prestations sociales financées par les contribuables (principalement de souche) : école gratuite pour les enfants, allocations familiales, prise en charge des frais médicaux par la sécurité sociale, allocations chômage, transports en commun subventionnés, HLM, RMI, etc. Quand on sort des débats sur l’immigration, on appelle cela d’un autre nom : l’État-Providence. Mais c’est exactement la même chose. Ces mécanismes de redistributions, initialement inventés pour les besoins des Français de souche, se sont révélés à l’usage comme des aimants puissants capables d’attirer sur nos rivages toute la misère du monde.
La question cruciale, c’est : pourquoi ces pompes aspirantes ont-elles été mises en place à l’origine ? Jusqu’à la Deuxième Guerre Mondiale l’État-Providence n’existait pas. La France n’implosait pas, tout marchait bien, c’est juste que l’État ne se mêlait pas de charité. S’il est parfaitement possible d’avoir un pays dynamique et fort sans avoir des pompes de redistribution dans tous les sens, alors pourquoi diable nous sommes-nous dotés de mécanismes aussi dangereux ? Quelle mouche nous a piqués ?
Quels doivent être le rôle et la taille de l’État ? L’État doit-il se cantonner à punir les truands et à laisser les honnêtes gens tranquilles, ou doit-il en sus s’occuper de rectifier toutes les « injustices » de la vie ? L’État doit-il consommer 10% de la richesse produite, comme il l’a fait des temps bibliques jusqu’à la Première Guerre Mondiale, ou plus de 50% comme aujourd’hui ? Ça fait une grosse différence… Cette différence s’explique précisément par ces « pompes à redistribution » financées par l’impôt. Ça coûte un max, le social !
Celui qui a découvert pourquoi l’État-Providence (qui s’est subséquemment révélé comme le parfait aspirateur d’immigration) a été mis en place, c’est John Lott :
Je le considère comme l’un des meilleurs économistes américains de la jeune génération, même s’il est loin d’avoir recueilli les lauriers qu’il méritait. Il a une fâcheuse tendance à s’intéresser à des questions si chargées au niveau politique qu’elles peuvent torpiller une carrière. Il s’est plus d’une fois fait éjecter d’une université prestigieuse sous la pression du maire ou du gouverneur parce qu’il avait dit haut et fort ce qu’il fallait taire.
Ses recherches montrent que l’inflation sans précédente (et insoutenable) du rôle de l’État est due au vote des femmes. Dès qu’on permet aux femmes de voter, bingo ! l’État commence à s’occuper de corriger tout un tas d’ « injustices sociales » en mettant en place des mécanismes de redistribution massifs – qui aspirent aussi toute la misère du monde.
Voici un graphique montrant comment, dans les 10 années qui suivent l’obtention du droit de vote par les femmes, les dépenses de l’État doublent. Ce doublement est dû à la mise en place des allocation en tous genres qui forment l’État-Providence. C’est extrait de la page 163 du livre Freedomnomics de John Lott.
En d’autres termes, Jean-Marie Le Pen n’a aucune chance de pouvoir couper les pompes aspirantes de l’immigration tant que les femmes auront le droit de vote. Ça fait réfléchir, non ?


9 juin 2008 à 10:36 |
Note: l’Etat-Providence existait déjà au XIXe siècle en Allemagne (Wohlfahrtsstaat), où il a même commencé à exister.
Pas sûr que le droit de vote des femmes soit lié à l’extension de l’Etat-Providence, donc. J’ai plutôt tendance à penser que tout cela est le résultat de la fuite en avant du système démocratique: tout ce qu’il peut offrir, il l’offre, pour des raisons électoralistes. L’Etat-Providence est-il par exemple hyper-développé en Turquie, où les femmes ont eu le droit de vote avant les Françaises? Sans parler de la Nouvelle-Zélande, qui a été un des premiers Etats à proposer un tel droit. A contrario, l’Etat-Providence a connu des avatars intéressants en Suisse (assurance vieillesse, invalidité, etc.) avant même que les Suissesses n’aient le droit de vote (1970).
Et à présent (pour en revenir à la générosité électoraliste du système démocratique), que reste-t-il à offrir? Plus grand-chose de largement porteur. Or, il est plus difficile de faire un programme électoral en proposant de défendre l’acquis qu’en promettant de larges cadeaux. Cela, ajouté au désintérêt du citoyen pour la chose publique, risque d’amener des évolutions intéressantes… pour qui les observera. Monarchie, théocratie, gouvernance? La voie est ouverte.
9 juin 2008 à 10:47 |
Très intéressante, cette étude de John Lott.
Et pas seulement parce qu’elle rejoint mes propres opinions et mes propres constatations.
Sinon, la Nouvelle-Zélande a eu un Etat-Providence très développé jusque dans les années ‘80. La Turquie n’a pas eu d’élection sérieuses avant très recemment et la Suisse reste un des pays ou l’Etat est le moins présent.
9 juin 2008 à 10:50 |
Ce qui est indéniable c’est que les femmes et les minorités ont tendance à voter plus à gauche qu’à droite. Aux USA c’est encore plus flagrant qu’en France, on dit d’ailleurs que l’électeur républicain typique est un homme blanc, alors que celui des démocrates est une femme de couleur.
En France même dans les partis de droite les figures masculines sont plus prégnantes que celles des femmes (à l’exception de Marine le Pen, mais là c’est du népotisme familial…). Il suffit de voir les candidates aux présidentielles des partis de gauche: Ségolène Royal, Marie-Georges Buffet, Dominique Voynet, etc. À droite mise à part Christine Boutin (aile gauche de l’UMP), je ne vois personne…
9 juin 2008 à 11:03 |
@Chartreu: merci pour l’info sur la Nouvelle-Zélande. Pour le reste, je suis bien placé pour savoir qu’en Suisse, l’Etat-Providence existe comme un peu partout ailleurs en Europe occidentale, surtout dans les régions germaniques (comme par hasard – encore une hypothèse?) ou scandinaves.
Je rejoins Sampieru quand il affirme que les figures marquantes de droite sont le plus souvent masculines. Les partis de droite se demandent justement comment avoir davantage de femmes dans leurs rangs, voire dans leurs élus. Cela tient sans doute aux thématiques mises en avant par les partis de gauche (société, etc. – et l’Etat social/Etat-Providence s’y trouve).
En ce qui concerne le cas français, le développement de l’Etat-Providence après la guerre n’est-il pas dû à la relative faveur dont ont bénéficié des partis de gauche, favorables à un Etat fort voire omniprésent (communistes), après 1945, et la disqualification de ceux qui ont collaboré avec ce qu’il ne fallait pas, et qu’on associe facilement à la droite aujourd’hui? Je pose la question, elle appelle sans doute des nuances.
9 juin 2008 à 16:45 |
@ Daniel Fattore :
Je perçois dans votre premier commentaire un certain désaveu du principe démocratique. Je partage ce point de vue. La fuite en avant vers toujours plus de redistribution est inhérente à la démocratie. C’est pour cela que la démocratie est fondamentalement incompatible avec le principe de propriété privée. Entre les deux, je choisis la propriété privée.
La monarchie, c’est pas mal. Mais à mon avis le salut, dans le futur, viendra moins de tel ou tel mode de sélection des dirigeants politiques que d’un mouvement de décentralisation extrême. Si l’Europe était divisée en mille États indépendants, alors on pourrait faire jouer la compétition en “votant avec ses pieds”, et les monarques, les théocrates ou autres gouvernants seraient bien obligés de respecter les producteurs.
9 juin 2008 à 17:12 |
@ Sampieru :
C’est correct. Aux élections américaines de 2000, l’écart entre le vote des femmes et celui des hommes était de 22%… Si les femmes américaines n’avaient pas le droit de vote, les Républicains auraient gagné toutes les élections de 1968 à 2004 sauf une.
Il y a bien des exceptions comme Margaret Thatcher, mais même elle, quoi qu’on en dise, le pourcentage des dépenses publiques dans le PIB britannique était le même quand elle est partie du 10 Downing Street qu’à son arrivée au pouvoir.
9 juin 2008 à 18:00 |
Désaveu de la démocratie, je ne sais pas. Mais on peut se poser des questions. Je vous avais parlé du livre de Guy Hermet; je crois que Pierre Rosanvallon a aussi écrit un truc sur le crépuscule de la démocratie.
Monarchie? Il faudrait de bons candidats, ce qui n’existe pas en Suisse (me soumettre à un roi suisse alémanique? Quelle horreur!); en France, en revanche, les prétendants historiques sont connus (et contestés, mais il y a au moins quelqu’un). Notons aussi que les monarchies sont volontiers contrebalancées par des parlements locaux, le pouvoir étant faible à la tête de l’Etat et fort là où il est proche du peuple.
Au fond, vous seriez assez pour un fédéralisme à la manière suisse, pour l’UE?
9 juin 2008 à 21:37 |
@ Daniel Fattore :
Oui, mais pas le fédéralisme glissant version 2008, où la capitale fédérale prend de plus en plus de pouvoir. Je préfère de loin la version antérieure à la guerre du Sonderbund en 1847 : les cantons étaient de facto indépendants. Et si les communes étaient quasiment indépendantes, ça serait encore mieux !
10 juin 2008 à 10:11 |
@Gaston Phébus: une confédération d’Etats plus qu’une vraie fédération, donc: grande autonomie pour chaque entité. Finalement un système à l’américaine, où d’un Etat à l’autre, on ne sait pas ce qu’on risque en cas d’excès de vitesse ou de pratiques que la morale réprouve…
Attention cependant: le système suisse antérieur à 1848 avait quelques petits inconvénients: monnaies différentes d’un canton à l’autre, poids et mesures idem, systèmes postaux et timbres-poste différents pour chaque canton, passage de douanes à chaque canton, etc. – pratique pour les pendulaires! On perdrait donc certains éléments de notre confort actuel; il est donc important de trouver un juste milieu.
Reste à voir, en outre, ce que donnera le référendum des Irlandais sur le Traité de Lisbonne: j’ai vu qu’ils allaient voter, qu’ils étaient les seuls en Europe à le faire, et que le oui n’était de loin pas gagné (nombreux indécis, non qui remonte en force). Un rejet contraindrait au moins les euro-politiciens à réfléchir à ce que les peuples attendent vraiment de l’UE, et à se servir de ces attentes comme bases pour leurs travaux.
10 juin 2008 à 10:59 |
Là encore, le système américain était bon avant la Guerre de Sécession. Après, l’État fédéral a petit à petit rogné sur les prérogatives des États. La campagne de Ron Paul à l’investiture républicaine cette année était axée sur le renversement de cette tendance historique lourde.
Pour ma part, je sacrifierais volontiers certains éléments de mon confort actuel (monnaie, poids et mesures, timbres-poste, etc) pour retrouver la Suisse d’avant 1848. En effet, uniformiser par la force revient à favoriser les pendulaires et défavoriser ceux qui sont d’un canton et n’en sortent pas. Ça me semble immoral, parce que les enracinés locaux sont ceux qui donnent une âme à leur canton, et il faut les protéger.
Quant à l’UE, je ne me tiens plus au courant de leurs petites affaires, c’est pour moi un acte de résistance. On se souvient de la phrase de Gary Lineker, l’ancien attaquant de l’équipe d’Angleterre et le présentateur actuel du football sur la BBC : “Le football, c’est un jeu simple ; 22 hommes courent après le ballon pendant 90 minutes et à la fin, ce sont les Allemands qui gagnent.” L’Union Européenne, c’est très simple aussi ; on amuse le peuple et à la fin, ce sont les technocrates bruxellois qui gagnent.
13 juin 2008 à 9:03 |
[...] c’est aussi de la propagande : au sujet de l’économie ? de la vraie nature de la démocratie ? de la place de l’État dans la société [...]
14 juin 2008 à 12:12 |
[...] en criminologie, qui est quand même plus jolie que Noam Chomsky, Alexandre Soljenitsyne, John Lott et Richard [...]
18 juin 2008 à 7:30 |
[...] à l’État-Providence, l’employeur ne paie qu’une toute petite fraction des coûts associés à la présence des [...]