Convaincre une population de se laisser remplacer sur son propre territoire par une autre suppose une belle maîtrise des techniques de propagande. Ces techniques sont révélées dans le livre Propagandes (Armand Colin, 1962) de Jacques Ellul.
Cet universitaire bordelais, candidat socialiste aux élections législatives de 1945 et mentor de José Bové, développe une analyse unifiée des techniques de propagande dans les régimes de type fasciste (Mussolini, Hitler), communiste (Staline, Mao) et démocratique (Etats-Unis, France). Les points communs sont saisissants !
Qu’est-ce qui est nécessaire pour que cette propagande soit efficace ?
Il faut une base, par exemple d’instruction ! Un homme qui ne sait pas lire échappe pour la plus grande partie à la propagande, et de même un homme qui ne s’intéresse pas à la lecture. On a cru qu’apprendre à lire serait un progrès pour l’homme, on fête toujours comme une victoire le recul de l’analphabétisme, on juge sévèrement les pays où il y a une forte proportion d’analphabètes, on pense que la lecture est un moyen de liberté. Or cela est très contestable, car l’important n’est pas de savoir lire, mais de savoir ce qu’on lit, de raisonner sur ce qu’on lit, d’exercer un esprit critique sur la lecture : en dehors de cela, la lecture n’a aucun sens (sinon de détruire certaines capacités spontanées de mémoire et d’observation). Mais parler d’esprit critique, de discernement, cela veut dire qu’on a dépassé de très loin le niveau d’instruction primaire, cela se réfère à une toute petite minorité. Si l’on considère l’énorme majorité (90%), nous sommes en présence d’individus qui savent juste lire sans autre exercice de l’intelligence, et qui attribuent à l’Écrit une autorité, une valeur éminente ou, au contraire, le nient purement et simplement. Comme cet homme n’a pas de connaissances suffisantes pour discerner et raisonner, il croit ou ne croit pas, en bloc, ce qu’il lit. Et comme d’autre part cet homme choisira pour lecture ce qui est le plus facile et non ce qui est le plus difficile, il est exactement au niveau où l’écrit peut le saisir et le convaincre sans contrepartie. Il est parfaitement adapté à la propagande. (Ellul, pages 124-125)
Ellul note que Lénine (p. 125) et Mao (p. 126) insistaient beaucoup sur la nécessité de faire apprendre à lire, parce que sinon leur propagande ne pénétrait pas dans les campagnes.
Il faudrait être bien naïf pour croire que ce mécanisme n’est plus à l’œuvre dans la France d’aujourd’hui. Dans un siècle, il sera évident à toute le monde que la propagande diffusée par l’Éducation Nationale sur la période 1974-2008 servait avant tout à soutenir le régime en place, contre les intérêts des propagandés. Mais au moins 90% des propagandés d’aujourd’hui n’y voient que du feu. Peut-on lutter contre une technique aussi efficace ?

9 juin 2008 à 10:41 |
Les écoles enseignent la lecture, mais pas l’esprit critique… refrain connu. Et vrai jusque très haut dans les niveaux d’étude (avez-vous eu l’impression d’apprendre l’esprit critique au lycée? Moi non plus).
9 juin 2008 à 15:23 |
@ Daniel Fattore :
Absolument. Plus le niveau d’étude est élevé, plus la propagande se fait pressante. Il est essentiel pour l’auto-reproduction du système de recruter les éléments les plus intelligents de chaque génération et, dans la mesure du possible, d’en faire des “hauts fonctionnaires”. D’où les sommes faramineuses dépensées dans des institutions comme l’École Polytechnique et l’ENA (quand on rapporte ça au nombre d’élèves)…
13 juin 2008 à 8:59 |
[...] une observation qui est aussi faite par Jacques Ellul dans son livre Propagandes (Armand Colin, 1962). Par conséquent, il ne faut absolument rien [...]
14 juin 2008 à 12:19 |
[...] criminologie, qui est quand même plus jolie que Noam Chomsky, Alexandre Soljenitsyne, John Lott, Jacques Ellul et Richard [...]
12 août 2008 à 2:43 |
Le plus étonnant avec cette propagande c’est qu’elle n’a pas besoin d’une autorité, d’un “cerveau”, elle s’entretient toute seule, d’elle même, comme une machine. La plupart de ses bons petits soldats pensent réellement et honnêtement oeuvrer en faveur du Bien.
C’est d’ailleurs parce que cette idéologie peut s’entretenir toute seule, sans chef, qu’il est difficile de cerner ses réels tenants et aboutissants. Y a-t-il vraiment une volonté concrète derrière tout ça ? Certainement, mais pas avec l’intensité à laquelle on peut penser de prime abord.
13 août 2008 à 7:43 |
“Chomsky le plus grand linguiste du XXe siècle” répété je ne sais combien de fois, ça commence à me courir.
Chomsky n’est pas un linguiste. C’est un charlatan, qui, sans la guerre du Vietnam, vendrait des prépuces confits au porte-à-porte dans le Bronx (son père était mohel).
Dès le début il a confondu signifiant et signifié, distinction essentielle que nous devons à Ferdinand de Saussure, le père de la linguistique moderne, le vrai plus grand linguiste du XXe siècle (et des autres). Plus récemment, en 2000, Chomsky a soutenu que des notions telles que “bureaucrate” et “carburateur” pouvaient très bien être innées! Cherchez +chomsky +carburetor +bureaucrat sur Google si vous ne me croyez pas. “Bureaucrate” notion innée? “Carburateur”? J’appelle ça du foutage de gueule dans les grandes largeurs.
19 juin 2009 à 17:12 |
“Chomsky n’est pas un linguiste. C’est un charlatan” : il va falloir que vous en causiez à tous ceux qui ont pris au sérieux ses travaux (Quine, Putnam etc. …). Une hallucination collective (mondiale devrait-on dire) peut-être ?